Aller au contenu
Analyses et opinions

Contre le discours de haine : comment agir ?

Mon article précédent, intitulé « Contre le discours de haine, » a fait éclater de nombreuses questions et m’a donné l’occasion d’en apprendre davantage sur une triste réalité dans notre vie.

Les points de vue et les perceptions se mêlent, traçant une sombre image d’un profond doute à l’encontre de l’idée de l’acceptation de l’autre, une notion fondamentale de la vie sociale.

En lisant les commentaires de certains de mes chers lecteurs, je me suis posé beaucoup de questions que ces lecteurs pourraient se poser eux-mêmes. L’une de ces questions est : Combien de temps l’humanité restera-t-elle prisonnière de son histoire ?

De nombreuses opinions et perceptions, issues d’un passé lointain, jugent la réalité à la lumière des perceptions et interprétations passées. La plupart de ces opinions sont influencées par des discours d’intérêt politique.

Combien de temps les générations présentes et futures paieront-elles les factures de la haine du passé, que ce soit entre religions, sectes, ethnies et nationalités ? Comment surmonter ces hostilités et ces idées destructrices et construire un climat de tolérance et de coexistence humaine qui tire les leçons du passé et prône la nécessité d’éviter les conflits et la haine et de se défaire des prétextes qui ont fini par nuire aux rapports humains et culturels ?

Comment pouvons-nous nous débarrasser des fausses conceptions des religions et des stéréotypes sur chaque religion et ses adeptes ? Comment distinguer entre la religion en tant que propos et contenu, d’une part, et les pratiques de ses adeptes, d’autre part ? Comment pouvons-nous nous libérer de toutes les interprétations trompeuses qui incitent à la violence, au carnage, à la haine et au racisme ?

Sans prétendre pour autant poursuivre l’idéalisme humain, mais chercher un chemin libre de pollution culturelle mérite tous nos efforts. Il faut sortir, quand même, de la situation de fragmentation humaine animée par un extrémisme aussi ancien que l’histoire.

Le danger, c’est que nous avons laissé la parole aux semi-éduqués et aux faux moralistes. Ces obsédés, qui se cachent derrière tous les problèmes du présent, n’ont pas lu dans leur vie que quelques livres tendancieux qui interprètent mal les textes religieux. Mais ils trouveront toujours dans des livres d’histoire douteux de quoi défendre leurs déclarations malavisées.

Quant aux sage d’entre nous et aux vrais critiques qui sont censés scruter de tels livres, ils se sont dépouillés de leur rôle. Mais dans cette situation, ce sont les politiciens qui sont à blâmer. Leur erreur a été de mêler la religion à n’importe quoi et de s’en servir dans des conflits partisans et sectaires étroits, sans prendre en compte les conséquences.

Les semeurs de haine ne trouve, à titre d’exemple, dans la religion islamique que de simples mythes qui favorisent la tuerie et la terreur. Ils ignorent carrément les préceptes tolérants de l’islam qui vont plus loin que tous les chartes modernes sur les droits de l’homme. Et les extrémistes ne voient dans le christianisme que les injustices commises par ses adeptes à l’encontre des musulmans. Ils ignorent tous les contextes historiques et temporels des textes religieux. Ils se collent les uns aux autres des étiquettes et des appellations qui nourrissent le feu de la sédition, alimentent l’extrémisme religieux et fomentent la haine.

Mais ce qui est le plus dangereux, c’est de juger les religions à l’aune des pratiques ou des interprétations de certains de leurs adeptes. Comment est-il raisonnable que les enseignements donnés par le Dieu unique, le Créateur de tous les êtres humains, se contredisent ? Comment inciterait-il ses créatures l’une contre l’autre ? Pourquoi on préfère lire les interprétations au texte original ?

Lorsque nous parlons de haine, nous faisons référence au concept plus large de discorde entre adhérents et faux adeptes des religions.

On ne peut parvenir à la coexistence et à la tolérance qu’en rejetant toute forme de haine, qu’il s’agisse de haine religieuse ou de tout contenu qui diffuse, justifie, incite à la haine ethnique, à la xénophobie ou à d’autres formes de haine fondées sur la non-acceptation d’autrui, que ce soit une minorité ou des immigrés et leurs descendants.

Une campagne qui m’a fait chaud au cœur a été menée par une organisation en Europe sous le titre #ChooseRespect, qui traite des mythes qui circulent sur les immigrants et réfugiés. Elle a pour but de gagner ce qu’elle décrit comme une bataille morale.

L’un des outils les plus dangereux de diffuser la haine est de manipuler les esprits par la falsification des faits et de l’histoire. Il s’agit d’une énorme industrie qui investit des milliards de dollars, non seulement pour cibler des pays et des peuples, mais aussi pour déclencher des guerres et des conflits au nom des groupes de pression et des sociétés transnationales. Ces pratiques ne se limitent pas à une zone géographique ou à une communauté particulière.

Il suffit de rappeler qu’un rapport officiel européen sur les élections du Parlement européen en mai dernier a révélé que des centaines de comptes sur Facebook et Twitter et plus de 100 chaînes sur YouTube véhiculaient le discours de haine et diffusaient des informations et messages radicaux trompeurs. Selon le rapport, les partis populistes jouaient un rôle central dans cette affaire.

Tel est le danger d’utiliser le contenu de la propagande haineuse pour atteindre des objectifs politiques, religieux ou personnels. Combattre le discours de la haine et de l’incitation sous toutes ses formes, c’est défendre l’avenir de l’humanité tout entière. C’est une bataille morale par excellence.

Cet article a été publié initialement dans AgoraVox le 13 juillet 2019.

Dr Salem Alketbi

Le Dr Salem Alketbi est un analyste politique et chercheur émirien qui décrypte les forces qui redessinent le Moyen-Orient. Docteur en droit public et science politique de l’Université Hassan II de Casablanca (mention très honorable avec recommandation de publication), il a consacré sa thèse à la propagande politique et religieuse sur les réseaux sociaux arabes. Ses chroniques, publiées dans des médias arabes et internationaux, portent sur la sécurité du Golfe, l’Iran, la lutte contre l’extrémisme et la vision émiratie d’une région stable et prospère, fondée sur la coopération.

Articles similaires