Aller au contenu
Analyses et opinions

Analyse les Déclarations du Général aventurier

Cet article était une réaction aux déclarations du Général Qasem Soleimani, commandant de la Force Qods au CGRI. « Vous allez commencer cette guerre mais nous serons les seuls à imposer sa fin », a-t-il déclaré, s’adressant au président américain Trump.

La déclaration de Soleimani était frappante. Il a parlé de la capacité de l'Iran à mettre fin à la guerre. Ce discours porte des messages implicites. Il doit alors posséder une arme nucléaire ou d'autres armes avancées, en particulier face à une superpuissance qui domine l'ordre mondial.

Soleimani a déclaré que « la mer Rouge, qui était sécurisée ne l’est plus avec la présence américaine ». Il a ajouté que les Etats-Unis l'avaient transformée en une mer peu sûre. Il a ajouté que Riyad était une ville sûre et que maintenant les missiles tombent dessus. Il est frappant de voir comment Soleimani relie l'Iran à la sécurité de la mer Rouge. Ces déclarations sont arrivées à un moment où les milices Houthies, soutenues par l'Iran, ont soumis un pétrolier saoudien à une menace militaire. Soleimani a envoyé un message aux États-Unis à travers cette déclaration.

La relation est claire entre le mouvement Houthi et les déclarations de Soleimani. Sa déclaration a confirmé les soupçons que le groupe Houthi a reçu des instructions des mollahs pour mener à bien cette opération criminelle. C'était une sorte de message naïf.

« En tant que soldat, il est de mon devoir de répondre à vos menaces … Si vous voulez utiliser le langage de la menace … adressez vous à-moi, pas au président (Hassan Rouhani) .Ce n'est pas dans la dignité de notre président de vous répondre », a déclaré Soleimani. C'est une autre chose étrange. Il a miné la position du président. Il a privé Rouhani des discussions sur les questions de sécurité et militaires, qui normalement appartiennent à l'Etat. Les gens élisent normalement un président pour prendre des décisions importantes dans divers domaines, y compris la sécurité et l'armée. Un général ne doit pas retirer ce devoir au président. Cependant, Soleimani l'a fait et a commencé à traiter avec le président des États-Unis.

La hiérarchie du pouvoir est inconnue en Iran. Cependant, le chef suprême prend les décisions finales. Sinon, les choses s'entremêlent entre politique, militaire, religieux, sectaire, réformiste, conservateur et extrémiste.

Soleimani croit qu'il est capable de confronter l'armée la plus forte du monde avec les milices arrogantes de l'Iran. « Je suis votre ennemi et ma Force Qods est votre ennemi, il n'y a pas une nuit où nous ne pensons pas à vous dans notre sommeil », a-t-il dit.

Cette déclaration est imprudente. Il continuait en disant : « Je vous dis, monsieur Trump, le joueur, je vous dis qu'en ce moment où vous êtes incapable de penser, nous sommes plus près de vous dans un endroit que vous n'avez même jamais imaginé. » Ce sont des déclarations absurdes. Les aventuriers célèbres n'ont jamais fait de telles déclarations. Mais le général Soleimani est un aventurier unique. Il croit que les forces américaines vont descendre sur le terrain pour lutter contre les milices sectaires dans une bataille non conventionnelle.

A quel point Soleimani est aventureux ! Il ne se souvenait pas des leçons de la guerre en Irak en 2003. Le régime des mollahs cherchait à ce que les Etats-Unis ne dirigent pas des attaques vers l'Iran.

Là, Téhéran a fourni aux États-Unis toute la coopération et les facilités nécessaires en Afghanistan et en Irak pour empêcher sa colère. Soleimani aurait dû se rappeler des événements qui se sont déroulés il y a 15 ans et s'abstenir de faire de telles déclarations.

La région, et même le monde entier, ne connaîtront pas la sécurité et la stabilité dans l'existence d'un tel contrôle imprudent du pouvoir. Toute discussion sur la sécurité, la stabilité et le règlement des crises avec telles mentalités semble dangereux.

Cet article a été publié initialement dans AgoraVox le 17 août 2018.

Dr Salem Alketbi

Le Dr Salem Alketbi est un analyste politique et chercheur émirien qui décrypte les forces qui redessinent le Moyen-Orient. Docteur en droit public et science politique de l’Université Hassan II de Casablanca (mention très honorable avec recommandation de publication), il a consacré sa thèse à la propagande politique et religieuse sur les réseaux sociaux arabes. Ses chroniques, publiées dans des médias arabes et internationaux, portent sur la sécurité du Golfe, l’Iran, la lutte contre l’extrémisme et la vision émiratie d’une région stable et prospère, fondée sur la coopération.

Articles similaires