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Analyses et opinions

Guerre en Ukraine : pourquoi l’Occident a-t-il été pris au dépourvu ?

Pourquoi la guerre en Ukraine est-elle si chaude en ce moment ? Une question à laquelle il peut y avoir plus d’une réponse, selon la façon dont chaque partie considère cette dangereuse évolution mondiale, et qui sont autant de réponses et de réactions qui touchent à la vérité de près ou de loin.

Plus important encore, la guerre crée un nouvel ordre mondial et accélère la formation des fondements de ce système. Les théories qui limitent la rivalité polaire entre les États-Unis et la Chine sont remises en question, la Russie étant prête à avoir son mot à dire dans le calcul de l’influence mondiale au XXIe siècle.

Le président Poutine, qui, selon plusieurs médias russes et occidentaux, a déclaré à son homologue américain George W. Bush en 2008 que l’Ukraine n’était pas un pays, ne se soucie pas des réactions de l’Occident. Il estime qu’il mène une guerre de libération en Ukraine et qu’il ne fait que rétablir le cours normal des événements après que la Russie se soit réveillée et soit sortie de la faiblesse de l’Union soviétique.

Ce qui se passe en Ukraine fait partie des heures les plus sombres en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, a déclaré Josep Borrell, coordinateur des relations extérieures de l’UE. C’est une véritable surprise pour l’Occident, bien qu’il ait lui-même parlé et mis en garde contre le danger d’une invasion russe en Ukraine. D’autre part, il semblait y avoir une tendance à exclure ce scénario.

Il était généralement admis que la Russie finirait par céder. Jusqu’à il y a quelques jours, les Occidentaux n’étaient pas d’accord sur l’évolution de la crise. La ministre allemande des Affaires étrangères, Analina Berbock, a mis en garde contre toute spéculation sur les intentions de la Russie dans la crise ukrainienne.

Le président américain Joe Biden était sûr de la décision de son homologue russe Vladimir Poutine d’envahir l’ancienne république soviétique. Lorsqu’on lui a demandé si elle partageait l’évaluation de la crise faite par Joe Biden, Mme Berbock a répondu que la pire chose à faire était de spéculer ou de supposer les décisions de l’autre partie.

La propagande et les manœuvres politiques russes ont sans aucun doute joué un rôle important dans la création de doutes en Occident sur la possibilité du scénario d’invasion, surtout lorsqu’il s’agit de remettre en question les tactiques américaines et de rappeler au monde que l’ancien secrétaire d’État Colin Powell a préparé l’ONU à envahir l’Irak en 2003, où Powell a ensuite présenté des « preuves » de la tromperie des inspecteurs internationaux et de la dissimulation d’armes de destruction massive.

Plus tard, après avoir quitté ses fonctions en 2005, Powell a qualifié son discours à l’ONU de tache qui resterait à jamais sur son dossier, puis a exprimé des regrets dans une interview télévisée en 2010. Sa déclaration n’était tout simplement pas vraie.

Cet incident a été bien utilisé par la propagande russe pour torpiller toute déclaration américaine sur une possible invasion russe de l’Ukraine, qu’elle croyait être un scénario sorti de l’imagination des agences de renseignement américaines. Ironiquement, la guerre a éclaté quelques jours seulement après la conférence de Munich sur la sécurité.

Les États-Unis y ont assisté et ont rassuré les Alliés. La vice-présidente Kamala Harris et le secrétaire d’État Anthony Blinken y étaient aussi. Malgré tous les avertissements et les menaces de sanctions, la Russie a pris sa décision et a apparemment attendu.

La Russie, soutenue par la Chine, exige le retrait de toutes les troupes et armes américaines stationnées en Europe centrale et orientale, en Europe du Sud-Est et dans les pays baltes, et le renoncement à toute nouvelle expansion de l’OTAN.

Cela explique pourquoi le président Poutine insiste pour modifier les réalités géostratégiques sur le terrain afin de pouvoir négocier plus tard avec l’Occident et imposer ses exigences ou forcer l’OTAN à modifier le plan d’élargissement de facto, notamment en cas de chute de l’Ukraine, que son président Volodymyr Zelensky a décrite comme le bouclier de l’Europe contre la Russie.

Le soutien militaire atlantique, a-t-il dit, n’est pas une contribution charitable que son pays demande, mais une contribution au maintien de la sécurité en Europe et dans le monde.

Les évaluations stratégiques qui limitent les actions de la Russie à la désignation de coupables et à la politique de la corde raide sont erronées, a-t-il dit, et montrent clairement que tant la Russie que l’Occident veulent gagner sans confrontation militaire, ce qui montre clairement que beaucoup n’ont pas encore compris les pensées, les orientations, les croyances et même les leçons tirées du comportement du président russe Vladimir Poutine dans un passé récent.

L’effet de surprise de cette opération militaire, dont les développements et les détails ont été suivis de près par le monde entier, ne peut être nié. Il est presque absurde de parler de surprise. Mais c’est arrivé.

La plupart des capitales occidentales l’ont exclu et étaient sceptiques quant à la possibilité de réaliser le scénario de l’invasion. Beaucoup ont vécu dans l’espoir que le Président Poutine cède, d’autres ont cru aux démentis répétés de Moscou sur son intention d’attaquer l’Ukraine. Il s’agissait d’obtenir des garanties de sécurité de la part de l’Atlantique.

Certains pensaient qu’il s’agissait d’une manœuvre pour obtenir des concessions de l’OTAN. Mais ceux qui ont regardé les événements d’un point de vue historique et idéologique plus profond savaient très bien que Poutine ne reculerait pas.

Cela est apparu clairement dans les discussions de la conférence de Munich, qui était une occasion idéale pour le Kremlin d’apprendre ce que les milieux occidentaux pensaient de la crise ukrainienne.

Cet article a été publié initialement dans AgoraVox le 14 mars 2022.

Dr Salem Alketbi

Le Dr Salem Alketbi est un analyste politique et chercheur émirien qui décrypte les forces qui redessinent le Moyen-Orient. Docteur en droit public et science politique de l’Université Hassan II de Casablanca (mention très honorable avec recommandation de publication), il a consacré sa thèse à la propagande politique et religieuse sur les réseaux sociaux arabes. Ses chroniques, publiées dans des médias arabes et internationaux, portent sur la sécurité du Golfe, l’Iran, la lutte contre l’extrémisme et la vision émiratie d’une région stable et prospère, fondée sur la coopération.

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