Parmi les nombreux articles et analyses traitant des dimensions de la visite historique en Russie du roi saoudien Salman bin Abdul Aziz, j'ai lu quelques articles qui se rapprochent d'un vœu pieux ou d'un idéalisme politique. Mais dans un étrange article dans un journal qatari, j'ai lu que «le but de cette visite [la visite du roi Salman en Russie] est de persuader la Russie de restreindre l'Iran et d'arrêter son expansion politique et géographique» et que Poutine a déclaré «qu'il ne changera pas de position envers Téhéran pour plaire à quiconque, même à l’Arabie Saoudite. »  L'article dit ensuite: « il est peut-être dans l'intérêt de Moscou, à la lumière de ces développements, de faire plaisir à Ankara et à Téhéran, plus que Riyad, comme le roi lui-même a ressenti le besoin d'aller en Russie après qu’Obama  a remis [...] la Syrie à Poutine, et que Trump [l'a fait aussi]. »

Peut-être que l'auteur pense que l'Arabie Saoudite va en Russie avec tout son poids et sa position stratégique pour demander au président russe de changer sa position sur l'Iran en échange de nouvelles relations avec l'Arabie Saoudite. Mais pourquoi maintenant? Pourquoi pas pendant la période des relations tendues à la fin de la présidence Obama après la signature de l'accord nucléaire avec l'Iran? Cela aurait été le moment idéal pour jouer une telle carte «naïve», et non pas lorsque le nouveau président américain apporte le plus fort soutien aux efforts de Riyad dans la lutte contre le terrorisme et a partagé ses vues stratégiques lors du Sommet arabe islamique américain de 2017.

Nous ne savons pas comment l'auteur est venu avec une telle analyse. Nous ne pouvons pas imaginer un pays du calibre de l'Arabie Saoudite dans la politique régionale et mondiale demandant à une puissance majeure comme la Russie de changer ses positions en promettant des offres d’affaires.

L'Arabie saoudite poursuit ses intérêts stratégiques où qu'ils se trouvent. Il est naturel que les Saoudiens repensent leurs relations avec la Russie à la lumière de la scène stratégique actuelle et prennent des décisions qui servent l'intérêt national et la sécurité du Golfe et des Arabes.

Des articles comme celui-ci montrent à quel point les médias qataris s'intéressent aux mouvements stratégiques de l'Arabie saoudite aux niveaux régional et international.

Les médias qataris n'étaient toutefois pas préoccupés par les relations de l'Iran avec les États-Unis en 2015 et par la signature de l'accord nucléaire avec l'administration Obama. À l'époque, ils ont dit qu'il s'agissait d'un  coup « génial » pour étendre la sphère d'influence iranienne. Et maintenant, is critiquent les Saoudiens pour leur engagement actif sur le marché pétrolier et pour la construction d'un nouveau réseau de relations économiques et commerciales avec la Russie.

Les médias du Qatar ciblent de plus en plus les pays du Golfe et les pays arabes et collaborent avec leurs ennemis. De nombreux journaux qataris reproduisent des idées et du matériel publiés par les Iraniens.

Le Qatar est conscient que la visite du roi saoudien en Russie représente un changement stratégique important dans la carte des relations internationales et régionales. Le Qatar sait aussi qu’il est le plus grand perdant à chaque coup par les grands joueurs de l'arène du Moyen-Orient.